mercredi, 23 juin 2010 00:00

Le tour du chik à contre-courant... ou le passé, bâtisseur d'avenir

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Introduction :

Quoi de plus passionnant que d'évaluer nos critères diagnostics et nos thérapeutiques dans les nouvelles maladies dites « émergentes » et de chercher des réponses aux questions que l'on se pose ? Ceci passe notamment par la recherche observationnelle, particulièrement adaptée sur le terrain. L’expérience vécue par plusieurs dizaines de libéraux réunionnais concernant les signes cliniques du chikungunya et l’intérêt de la chloroquine dans sa phase aigue, permet d’envisager des pistes d’avenir pour une meilleure recherche médicale « de ville » .

Méthodes :

L’ensemble des médecins libéraux de l’île ont reçu un questionnaire les invitant à remplir une grille de recueil recensant les signes cliniques rencontrés dans le chikungunya et les principales thérapeutiques qu’ils utilisaient dans cette « nouvelle » maladie, totalement méconnue à l’île de la Réunion. Des généralistes ont également participé à un essai thérapeutique randomisé sur la chloroquine à visée curative et préventive.

 Résultats :

265 médecins ont ainsi listé les signes cliniques de leurs patients, qui associés, permettent d’avoir une bonne valeur prédictive diagnostique, comme l’éruption fébrile avec arthralgies. Ils ont aussi mis en avant d’autres signes cliniques pathognomoniques (?) en période per-épidémique tels que agueusie, prurit plantaire ou alopécie. En l’absence de recommandations validées, des thérapeutique étonnamment variées pour soulager les patients, ont également été relevées. Une centaine de médecins a aussi participé à une étude de recherche clinique mais qui n’a pu être menée à son terme puisque 75 patients y ont été inclus sur les 250 espérés.

Discussion :

Ce ne sont pas tant les résultats de ces étude qui sont intéressants, que leur faisabilité sur le terrain quand les médecins généralistes s’y sentent acteurs et concernés. Leurs dossiers médicaux constituent de véritables viviers de données permettant de réaliser des études observationnelles. Leurs résultats, sous réserve de rigueur méthodologique, permettraient une meilleur prise en charge de nos patients et une optimisation de la veille sanitaire (descentes et remontées d'informations).

C’est la prise en compte de ce qui a pu apparaître comme des failles ou biais méthodologiques de ces études, qui peut faire avancer la recherche de ville et pourquoi pas, de modéliser et exporter un savoir faire réunionnais. Utilisons les généralistes pour leurs compétences et leurs pragmatismes, au bon endroit et au bon moment, et aidons-les à la mise en place d’une telle recherche notamment en matière organisationnelle et nosologique, avec toujours pour objectif final, l’intérêt du patient.

Philippe de Chazournes, médecin généraliste - île de la Réunion (France)

Lu 6165 fois Dernière modification le mercredi, 02 juillet 2014 05:55

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